Certains bâtiments racontent bien plus que leur propre histoire : ils marquent des lieux entiers. L’ancien laboratoire de cartouches situé au 37 de l’Uttigenstrasse à Thoune est l’un de ces bâtiments. Cet ancien site de production de l’armée, datant de 1890, aurait pu disparaître depuis longtemps. Sa démolition était prévue, non pas pour laisser place à un nouveau bâtiment dont les plans étaient déjà prêts, mais dans un premier temps pour créer des espaces de stockage, des installations et des places de stationnement. C’est précisément là qu’est apparue toute l’importance de l’engagement en faveur du patrimoine architectural.
Patrimoine bernois s’est opposé à cette démolition «à titre préventif». Dans son recours, l’association a fait valoir que la perte de ce bâtiment ne serait compatible ni avec son statut de protection, ni avec les objectifs d’aménagement du territoire pour cette zone. En effet, ce bâtiment est bien plus qu’un simple ancien bâtiment industriel. Il fait partie d’un ensemble d’anciens sites de production situés le long de l’Uttigenstrasse, qui continue aujourd’hui encore de façonner l’identité du site. En conséquence, le bâtiment figure dans plusieurs inventaires comme méritant d’être protégé – en tant qu’élément du patrimoine architectural cantonal, mais aussi de l’architecture suisse moderne et de la culture industrielle.
Cette intervention a porté ses fruits. Les discussions avec les parties prenantes ont clairement montré que la préservation du bâtiment était non seulement possible, mais aussi judicieuse. La propriétaire a finalement renoncé à la démolition et annoncé une nouvelle approche de planification intégrant ce bâtiment emblématique dans le développement futur du site. Un signal important a ainsi été envoyé : le patrimoine historique n’est pas un obstacle, mais une opportunité.
Aujourd’hui, on constate concrètement à quel point cette idée est viable. L’ancien laboratoire de fabrication de douilles – devenu par la suite une usine de fabrication de cartouches et de munitions – a été transformé en un centre vétérinaire d’environ 1 000 mètres carrés. Cinq vétérinaires y proposent des soins de base et des traitements spécialisés pour les chiens, les chats et les petits animaux de compagnie.
Cette transformation met en évidence ce que la préservation du patrimoine peut apporter dans le meilleur sens du terme. Certes, les contraintes historiques relatives à la façade et aux intérieurs ont nécessité des compromis. Mais c’est précisément de là qu’est née la qualité: l’histoire du bâtiment reste lisible, tout en lui conférant une utilisation publique et contemporaine. Le projet de Thoune montre de manière impressionnante comment la protection et le développement peuvent aller de pair – et comment une nouvelle vie peut naître d’un patrimoine ancien.
Texte de Hans Rudolf Schneider